Enfants : et si on prenait le temps de s’ennuyer ?

Écrit par  Vanessa Bokanowski 19 SEPT 2017
Dans une société dominée par la compétition et le spectre du chômage, où le virtuel joue un tel rôle dans les relations humaines, l’ennui semble l’ennemi à abattre. Or, l’ennui s’avère nécessaire à la connaissance de soi. Il est à la source de tout mouvement créatif. Il conduit le petit être en devenir à chercher des activités, afin de palier à ce ressenti un peu désagréable, mais ô combien précieux ! Voici quelques éclairages et conseils qui permettront aux parents d’apprendre à laisser leurs enfants s’ennuyer… ou du moins à limiter la sur-sollicitation de ceux-ci, finalement nuisible à leur développement et qui peut conduire jusqu’au « burn-out » de l’enfant ! 
 
L’anxiété, face à l’ennui.
 
A la rentrée, les parents trop souvent anxieux de voir leur progéniture se tourner les pouces ont tendance à inscrire l’enfant à toutes sortes d’activités. Dans une société qui tourne à cent à l’heure, l’ennui c’est la mort !
 
Il n’est plus possible d’aller boire un café ou de manger au restaurant sans y croiser une personne seule, la tête vissée à un écran.  En effet, depuis l’apparition du smartphone et des tablettes, nous sommes constamment en communication même livrés à nous mêmes. Comme si on ne se laissait plus le droit de laisser notre esprit vagabonder, d’observer les alentours et profiter d’un moment de solitude. Cela prend des proportions où toute personne qui n’a pas la tête sur un écran alors qu’il est seul en deviendrait presque suspecte !
 
Alors un enfant qui s’ennuie...? Quelle horreur ! Beaucoup de parents partent du postulat, qui est d’ailleurs largement répandu, qu’il faut initier l’enfant à toutes sortes d’activités dès son plus jeune âge. Il doit pratiquer plusieurs sports, parler plusieurs langues, etc.
A force de vouloir pousser notre enfant à être autonome le plus vite possible en lui proposant un agenda bien rempli et qui ne laisse aucune place à la créativité et à l’esprit d’initiative, ne sommes-nous pas en train de faire fausse route ?
Surcharger l’emploi du temps de son enfant ne l’amènera nullement à penser par lui-même et à devenir indépendant… Au contraire, on risque d’en faire un bon petit soldat, qui pour nous satisfaire n’aura de cesse de s’épuiser à vouloir répondre à nos interminables demandes d’autonomisation…
 
Apprendre à faire confiance : le défi des parents !
 
Il faut apprendre à faire confiance à son enfant, en résistant. Le laisser s’ennuyer à certains moments revient à poser les conditions favorables à la curiosité de soi, à son enrichissement personnel. Ceci s’avère bien plus porteur si l’on veut accompagner des personnes autonomes et créatives. 
 
L’industrie du jouet a plus d’un tour dans son sac pour attirer l’attention des enfants dès leur plus jeune âge. Les jouets deviennent de plus en plus sophistiqués et les nouvelles technologies avec leur cortège d’animations sonores et visuelles développent des jeux de plus en plus nombreux qui ne laissent que peu de place à l’imagination et à la créativité de l’enfant.
 
Qu’en est-il du temps où les enfants s’amusaient avec de simples personnages en bois ? Voire un bout de bois ? Il est important de choisir des jouets qui ne soient pas toujours trop sophistiqués et qui poussent l’enfant à les utiliser comme ce qu’ils doivent être : une initiation, un point de départ afin de stimuler les capacités d’imagination de l’enfant. C’est avec ce type de jeux, que l’enfant pourra au mieux évacuer les tensions du quotidien. Il apprendra à mettre en scène des questions qui le préoccupent ou tout simplement se créer son propre monde, apaisant et affranchi du langage de l’adulte avec ses contraintes.
 
Il est primordial de laisser les enfants s’ennuyer car c’est aussi apprendre à se poser en tant que parent. Pas seulement le parent qui initie l’enfant à l’interaction intellectuelle et sociale mais aussi comme le parent qui protège…
Celui qui protège l’enfant contre l’excitation toujours plus pesante et plus pressante, d’un univers de plus en plus compétitif et d’un trop-plein de stimulations visuelles et sonores amenées par les nouvelles technologies. 
 
Laisser un enfant s’ennuyer, c’est le laisser s’apaiser, le laisser prendre un temps, une pause afin de s’organiser lui même. Les enfants doivent pouvoir bénéficier du temps nécessaire pour apprendre à palier eux-mêmes au sentiment d’ennui. Ce n’est qu’à ce prix qu’ils pourront effectivement apprécier un passe-temps, la présence d’un ami ou tout simplement de jouer seul. 
 
Les bénéfices pour nos enfants
 
De cette manière ils vont apprendre à :
 
- Se connaitre. L’absence de contraintes permet à l’enfant de découvrir ce qui le divertit dans une authentique quête de soi. Les multiples sollicitations du monde des adultes risquent au contraire de créer un faux-moi calqué sur le désir des adultes.
- Stimuler leur créativité qui se met en œuvre afin de trouver une solution à un sentiment désagréable. L’imagination commence au moment où le réel ne nous fournit plus les conditions nécessaires à l’apaisement.
- Ralentir le rythme.  Ce qui s’avère nécessaire pour préserver leur l’équilibre psychique et les protéger de l’hyperactivité, de l’anxiété ou la dépression s’ils sont sans cesse contraints de répondre à des stimulations extérieures. Cela leur apprend à se régénérer, à profiter d’un moment de calme à la maison qui doit absolument faire fonction de pare-feu vis-à-vis du monde extérieur. 
 
En ce temps de rentrée scolaire, il me semble important plus que jamais, au vu de ce qui a été dit, de laisser des plages horaires propices à l’ennui… 
 
Comment on s’y prend ?
 
Pour cela, il serait bien :  
- D’alléger le planning de l’enfant en résistant à la frénésie collective de la fin des vacances. 
- De se garder d’intervenir trop souvent lorsque l’enfant ne se trouve pas occupé à une activité bien définie.
- D’apprendre à s’ennuyer aussi afin de montrer l’exemple, de montrer à l’enfant que ce n’est pas la fin du monde, bien au contraire, c’est le début.
 
Vos tout petits vous en seront éternellement reconnaissants !
 

Vanessa B. The French clinic

Vanessa Bokanowski, psychologue,
excerce au sein de la clinique The French Clinic (Dubai Healthcare city)
Contact : 04 429 8450 ou 056 948 7372
 

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Dernière modification le jeudi, 21 septembre 2017 04:03
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