Psychologie : « Fantômes dans la chambre d’enfants »

Écrit par  Vanessa Bokanowski 29 MAI 2017
Ce titre est volontairement emprunté à l’ouvrage de Selma Fraiberg, pionnière américaine, qui par ses travaux dans les années 80, a révolutionné le champ de la psychologie de l’enfant. Celle-ci a introduit une notion très reconnue actuellement dans le monde de la pédopsychiatrie qui est celle des projections parentales. Souvent l’enfant qui présente un symptôme, qualifié alors « d’enfant difficile », peut-être le porteur de problématiques familiales inconscientes non résolues. Son symptôme vient faire écho à des conflits familiaux précédant sa naissance. 
 

Dans un premier temps, j’introduirai le concept des projections familiales et leurs implications ; pour ensuite me pencher sur l’expatriation, moment fragile qui peut être propice à la reviviscence de certaines problématiques ; et enfin vous en dire plus sur la consultation thérapeutique avec l’enfant et sa famille. 
 
La naissance : un moment magique et chargé d’histoire
 
La naissance d’un enfant est toujours source d’une forte mobilisation. La cellule familiale accueille en son sein un nouveau petit être et va dès lors s’en trouver bouleversée.
L’enfant commence à exister dans le psychisme de la mère, mais aussi du père, dès l’annonce de la grossesse. Il mobilise inconsciemment et avec intensité le psychisme des parents et le rapport avec leur propre enfance. Les problématiques du post-partum ou baby blues sont d’ailleurs souvent le signe de relations conflictuelles antérieures de la mère avec sa famille initiale : celles-ci viennent se rejouer, quand à son tour elle devient mère, et prend la place de parent.
 
Les fées autour du berceau...
 
Pendant la grossesse, une représentation psychique de l’enfant se créer chez les parents, on se représente mentalement ce petit être à qui on va tout donner… Mais qu’est-ce que ce tout ? 
Il y a les fantasmes conscients, « j’aimerais qu’il ait ceci ou cela », ou « qu’il soit comme ceci ou comme cela », « qu’il fasse ceci plus tard ».  Mais planent aussi autour du futur berceau, les fantômes du passé… Il s’agit de l’histoire familiale des deux parents, de leurs ancêtres. En effet, nous sommes tous issus d’un couple parental, d’un autre qui l’a précédé et ainsi de suite. Cette histoire familiale se trouve dans certains aspects, bien logée au fond de notre inconscient, et n’attend souvent que l’arrivée du nouveau venu pour pouvoir ressurgir. 
 
Les fées qui se penchent sur le berceau à la naissance ne sont pas toute bienfaisantes et il est alors possible que certains scénarios douloureux du passé, n’attendent que ce moment chéri pour refaire surface. On appelle cela en psychologie, les scénarios narcissiques de la parentalité.
 
L’enfant, les parents et leurs ancêtres 
 
Tout dépend alors de la relation du parent avec sa propre histoire familiale. La psychopathologie de l’enfant ne peut-être exempte de l’empreinte de celle-ci. Nous voulons tous être les meilleurs parents possibles. Mais il est important de comprendre, que lorsque l’enfant va mal, il est souvent porteur de la dynamique d’un système : le groupe familial.  
 
L’enfant dès sa naissance est le dépositaire de projections. Le terme de projection s’entend dans le sens de déposer chez autrui des parts de son propre psychisme. 
Certaines sont directement issues des bonnes relations et s’avèrent constructrices pour l’enfant, d’autres peuvent se révéler plus conflictuelles. Elles risquent alors d’interférer avec le développement d’un enfant en croissance et de sa personnalité. Ce qui peut constituer le nid de certaines pathologies. 
 
Lorsque l’histoire se rejoue…
 
En effet, des parents ayant eu des relations conflictuelles avec leurs propres parents, qui ont eu sans doute eux-mêmes des problèmes avec les leurs, peuvent inconsciemment rejouer un scénario impossible qui se nourrit d’une frustration ancienne et très souvent inconsciente. Et c’est à la naissance de l’enfant que viennent ressusciter d’anciennes problématiques non résolues avec nos propres parents. Le passé vient alors nous hanter en se réactualisant dans le présent. Pour reprendre la formule de Freud, « l’ombre des parents est tombée sur le moi ».
 
Il se peut qu’une mère ayant été élevée par mère absente psychiquement, parce-que préoccupée par ses propres problèmes ou par des relations conflictuelles dans le couple, ait gardé un souvenir ambivalent de sa relation avec celle-ci. Il en est de même d’un père ayant grandi par exemple dans l’ombre d’un père très autoritaire et peu affectueux. Chaque histoire est différente et unique. Cela ne veut pas automatiquement dire que ces scénarios vont se rejouer dans la relation avec l’enfant mais une porte s’est ouverte. Ceci est inconscient et dès lors déguisé.
 
Un exemple typique est celui de familles traumatisées par des guerres, des génocides où  tout autre traumatisme individuel, et dans l’inconscient se dépose alors une charge mortifère. Celle-ci peut prendre différentes formes, comme une préoccupation excessive quant à la sécurité de l’enfant, source d’anxiété, voire des phobies. Certains parents refuseront catégoriquement de parler du passé, créant alors un déni familial. Ce déni amputera alors l’enfant de la connaissance de ses origines avec le risque d’ouvrir la voie à toutes sortes de pathologies.
 
L’enfant et l’expatriation
 
Avant d’introduire l’évaluation psychologique de l’enfant, j’aimerais évoquer un sujet qui nous concerne présentement : celui de la famille en expatriation.
 
Il est évident que l’expatriation peut accentuer les éventuelles problématiques évoquées plus haut. Les parents coupés de leurs propres familles peuvent dès lors faire face à un isolement susceptible de réactiver d’anciens conflits, surtout si on s’expatrie en étant enceinte ou avec des enfants en bas âge.
L’expérience de l’expatriation, bien que réelle source d’enrichissement, peut dans un premier temps être vécue comme bouleversante pour les parents et l’enfant en manque de repères. 
C’est le couple, la famille entière qui vit ce bouleversement et certains le vivent mieux que d’autres. Quoiqu’il en soit, l’enfant, aura besoin d’être accompagné, sécurisé dans la traversée de ce choc culturel.  
 
Face à ce nouvel environnement, il peut développer, même temporairement toutes sortes de symptômes : anxiété, crainte, tristesse, agitation, colère, agressivité, repli sur soi ce qui peut fortement mobiliser le psychisme des parents et permettent l’éclosion d’anciens scénarios. Ceci est en lien avec le fait, que l’expatriation engendre souvent un moment de régression pour la famille en manque de repères.
 
Si l’un des parents se déprime face à ce changement,  il est dès lors possible que se rejoue dans sa relation à ses enfants des scénarios d’abandon, de tristesse, d’isolement qui pourront prendre différentes formes, comme par exemple un attachement excessif qui pourra étouffer l’enfant. Ceci n’est évidement qu’un exemple parmi d’autres.
C’est pourquoi une expatriation doit bien se préparer sur le plan psychologique pour le bien être de tous. Il faut être au clair avec les difficultés psychologiques auxquelles on peut être confrontés à l’aube d’un tel changement.  
 
Les consultations thérapeutiques avec la famille
 
Au regard de ce qui vient d’être dit, je pense qu’il est primordial que les parents s’incluent dans la consultation psychologique avec l’enfant. Ce sont les mieux placés pour pouvoir renseigner le psychologue sur le symptôme que présente l’enfant, et pour aider à cerner la problématique au plus près de sa réalité.  L’école peut aussi s’avérer une source précieuse d’informations car il est possible que le symptôme s’exprime uniquement dans ce cadre là.
 
Il est parfois dommage de voir certains parents, venir en consultation d’eux-mêmes ou soient envoyés par l’école, en présentant leur enfant comme seul porteur du symptôme, comme si celui-ci n’avait pas d’histoire familiale. Aucun parent ne doit se sentir coupable de sa propre histoire, ni d’avoir pu sans aucune intentionnalité, faire surgir à la surface dans son propre rôle de parent, des conflits non résolus liés à son enfance.
 
Les consultations thérapeutiques familiales revitalisent le lien familial, permettent de dénouer les conflits inconscients et d’ouvrir de nouvelles perspectives plus riches de sens, dont tout le cercle familial bénéficiera. L’enfant sera aussi vu seul et révèlera le plus souvent ses problématiques inconscientes par le jeu et le dessin dans l’échange avec le thérapeute.  
 
Parfois, le seul entretien clinique avec l’enfant ne suffira pas, et il faudra alors recourir aux tests. Ceux-ci permettront de révéler au mieux quelles sont les aptitudes que l’enfant maîtrise mais aussi où se situent ses difficultés. L’intelligence n’étant pas considérée comme un tout mais comme la somme de différentes aptitudes. De ce fait, il se peut tout à fait, que l’enfant excelle dans un domaine et soit moins bon dans un autre. 
Cependant, il est fréquent que des consultations thérapeutiques en alternance parents-enfant suffisent à améliorer rapidement la situation.

L’éclairage des problématiques inconscientes, souvent à la base du problème, est alors au cœur du processus thérapeutique. Une fois qu’elles deviennent conscientes, d’autres stratégies peuvent être élaborées avec le thérapeute. Les fantômes dissimulés dans la chambre d’enfants disparaissent alors progressivement et cèdent  la place à une harmonie retrouvée !

Vanessa B. The French clinic

Vanessa Bokanowski, psychologue, 
excerce au sein de la clinique The French Clinic (Dubai Healthcare city)
Contact : 04 429 8450 ou 056 948 7372
 

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Dernière modification le lundi, 29 mai 2017 05:48
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