En arrivant à Dubai, j’ai été surprise par la proportion du nombre d’enfants diagnostiqués comme hyperactifs. Je me suis demandé si cela reflétait une réalité ou si ce diagnostic était tout simplement trop souvent posé. En d’autres termes : et s’il n’existait-il pas une tendance à catégoriser tout enfant agité sous le label d’hyperactif ?
 
Je me suis alors demandée si par hasard, l’expatriation et l’ajustement (changement de pays, d’école, de maison) etant demandés à certains enfants pouvaient être à la base de cette agitation ? Cela me semble cependant étrange car même des enfants habitant là depuis plusieurs années n’échappaient pas à ce diagnostic. Cela serait alors plutôt le reflet d’un manque de consensus entre praticiens ?  Au vu de leur grande hétérogénéité et venant de plusieurs endroits du monde, avec une connaissance pour certains plus ou moins relative du sujet, il se peut qu’un certain nombre d’entre eux, arrivant à Dubaï, aient cédé à un effet de mode, en diagnostiquant peut-être tout enfant présentant une agitation comme hyperactif.
Ce diagnostic sonne trop souvent comme un couperet, assimilé à un handicap contre lequel on ne peut rien faire, hormis peut-être des solutions chimiques telles que les médicaments ou des méthodes dites de réadaptation. S’agit-il dés lors d’un enfant handicapé ou d’un enfant en souffrance qui ne demande qu’à être entendu ?
 
L’hyperactivité, qu’est-ce que c’est ?
 
L’hyperactivité englobe des éléments cognitifs (liés à la connaissance ou intelligence),  psychomoteurs et psychologiques. Elle peut se prolonger à l’adolescence et à l’âge adulte. 
Dans son appellation médicale, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ou TDHA est l’un des troubles les plus courants car il touche entre 3 à 5 % de la population des enfants scolarisés avec une prévalence plus prononcée chez les garçons. 
 
Quand il est associé à une hyperactivité, ce trouble se constitue : 
 
- d’un déficit de l’attention : difficulté à se concentrer, l’enfant est constamment distrait par ce qui l’entoure ;
- une impulsivité qu’elle se situe au niveau psychique ou moteur : se lever de sa chaise sans raison, couper la parole, etc.
- une agitation psychique ou motrice : parler trop vite ou une incapacité à tenir en place, etc.
L’hyperactivité  est souvent accompagnée d’un cortège de symptômes tels que l’anxiété, les troubles de l’humeur, de langage et du sommeil. Les troubles du comportement se manifestent aussi bien à l’école qu’à la maison.
 
Un diagnostic qui fait débat…
 
Ce diagnostic est à l’origine de nombreuses controverses dans le monde médical. On parle d’hypothèses génétiques et d’un dysfonctionnement cérébral dans la zone frontale qui diminueraient les capacités attentionnelles. D’autres le considèrent comme une forme de dépression masquée dont les causes seraient essentiellement psychologiques. 
 
Hors pourquoi ces hypothèses devraient-elles s’exclure ?
 
Il est important de faire preuve de la plus grande prudence, et, de ne pas catégoriser « hyperactif », tout enfant faisant preuve à un stade particulier de son développement d’agitation motrice ou de manque d’attention, dans la catégorie « hyperactif ». 
 
Il faut garder en tête que l’enfant ne peut pas verbaliser un malaise temporaire comme l’adulte en disant « je ne vais pas bien et je suis triste ». Il est dès lors fort probable, que toute difficulté passagère comportant des éléments dépressifs ou anxiogènes pour l’enfant soit traduite par une agitation motrice et/ou psychique. 
 
Une société trop stimulante ?
 
Paradoxalement, l’agitation dérange… Elle dérange l’équilibre familiale, rend les parents coupables et l’enfant peu satisfaisant. Elle dérange l’école qui ne manquera pas de culpabiliser encore davantage les parents, en pointant leur enfant du doigt, au risque d’instaurer un véritable cercle vicieux. 
 
La complexité n’a pas bonne presse, la tendance étant plutôt, est à la catégorisation et à la simplification. Or la souffrance psychique n’est pas rationalisable, elle ne peut être simplifiée, à moins d’être mal comprise et de ce fait mal soignée.
 
Dans une société de plus en plus dominée par l’agir, à l’ère d’Internet, des réseaux sociaux, nous sommes constamment bombardés de stimulations visuelles, incités à vouloir toujours plus pour être heureux. 
Alors que la crise et partout et, la compétitivité règne en maître, n’en demande-t’on pas trop à nos enfants en multipliant les apprentissages et les activités ? Le système ne produit-il pas lui-même des enfants agités et insécurisés ?
Dans ce « monde parfait » la tentation de mettre une étiquette sur ce qui dérange et de faire disparaître au plus vite les symptômes par la pharmacologie semble forte.
 
Je ne peux m’empêcher ici de pointer une similitude avec l’adulte déprimé, qui souvent est tenté de faire disparaitre au plus vite ses symptômes par la prise du seul médicament au sacrifice d’un travail en profondeur sur les causes, par le biais d’une psychothérapie. 
 
L’enfant comme l’adulte, a le droit d’être compris dans ce qu’il vit. Ce n’est pas parce qu’il l’exprime de manière différente qu’il ne peut être entendu dans son mal-être. Les thérapies d’enfants prennent là tout leur sens.  Si l’on y utilise le jeu est le dessin, c’est bien parce que l’enfant ne peut exprimer son vécu affectif de la même manière que l’adulte ! L’enfant mettra, le plus souvent, son symptôme interne à l’extérieur car il est encore trop petit pour poser des mots sur son malaise interne. Il cherche alors à s’auto-calmer en s’agitant dans tous les sens.
 
Y’a t’il une seule hyperactivité ?
 
La tentation est grande de regrouper sous le seul label d’hyperactivité des enfants aux histoires si singulières et si différentes. 
 
Je pense qu’il n’existe pas une hyperactivité mais des hyperactivités et si l’enfant a besoin d’exprimer une instabilité émotionnelle à travers une problématique de l’agir, il va falloir comprendre qu’elle a pour chacun une fonction et une signification différente. Que l’hyperactivité existe est indiscutable. Qu’elle est un fondement génétique et neurologique aussi, mais exclure les causes environnementales n’est pas concevable. Celles-ci permettent par ailleurs, de rouvrir le champ des possibles et d’envisager, un traitement adapté pour chaque enfant. Si le médicament peut « contenir » l’enfant, il ne peut le guérir et les symptômes s’ils ne sont pas aussi traités par un travail de fond risquent de ressurgir dès l’arrêt de celui-ci.
 
Qu’est-ce que l’enfant tente d’exprimer à travers cette agitation ? 
 
Il est possible que l’enfant porte sur ses épaules des troubles survenus dans la sphère familiale, un changement, la dépression ou l’anxiété d’un des deux parents. Un bouleversement comme l’expatriation peut entraîner des problèmes d’adaptation mettant l’enfant et le cercle familial en difficulté. Les consultations thérapeutiques prenant en charge le groupe familial dans son ensemble s’avèrent alors particulièrement pertinentes.
 
Les enfants hyperactifs sont trop souvent catégorisés comme de mauvais élève qu’on sanctionne, et réprimande, augmentant sans le savoir le symptôme par l’instauration d’un cercle vicieux ayant comme conséquence pour l’enfant l’installation progressive d’une dégradation de l’image de soi.
 
Son évaluation et son traitement
 
Comme ce syndrome comporte une composante biologique et psychologique, il nécessite une investigation poussée avant qu’un diagnostic soit posé, prenant en compte la circonstance d’apparition des symptômes, l’efficience intellectuelle et l’analyse des fonctions d’apprentissages (mesurable par l’examen clinique ou le plus souvent par un test de QI),  ainsi que celles, des dimensions familiales et du profil psychologique de l’enfant. 
 
Il existe un large consensus dans le monde médical pour reconnaître que le traitement de l’hyperactivité doit être établi par une prise en charge multidisciplinaire composée d’une intervention éducative comme l’orthophonie ou la psychomotricité, une psychothérapie pour travailler sur le monde émotionnel de l’enfant, une guidance et un soutien familial et enfin un médicament, si besoin.
 
Le médicament n’est pas à exclure  dans certains cas où l’enfant est si agité que les apprentissages sont mis échec, rendant également très difficile une approche psychothérapeutique. 
 
En d’autres termes, il faut traiter la partie émergée et symptomatique tout autant que les problèmes de fond, à la base de l’apparition du trouble. 
 
 
En conclusion, l’hyperactivité constitue, un syndrome complexe dont les causes réelles reposent encore sur des hypothèses. L’entourage de l’enfant, ainsi que les soignants ne doivent pas se précipiter sur un diagnostic ou prendre des mesures radicales afin de régler au plus vite le problème, au mépris de sa complexité. L’enfant, quand il est porteur d’un symptôme doit être écouté, entendu. Ce n’est qu’à cette seule condition et à travers la parole rassurante des adultes, que le petit être en devenir pourra développer un sentiment de sécurité et de confiance dans le monde qui l’entoure. 
 
Vanessa Bokanowski, psychologue, excerce au sein de la clinique BR Medical Suites (Dubai Healthcare city)
Contact : 04 275 0900 ou 056 948 7372.


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A Dubai, comme dans certaines villes du monde est arrivé le mois de décembre… avec la douceur des soirées magiques passées au grand air, et où on savoure, non sans un certain plaisir la fraicheur de l’air et la fumée qui s’échappe par volutes discrètes du barbecue, embaumant tout le jardin…  Petit à petit, nous nous laissons tous envahir par la magie des fêtes qui au delà de tout, continue à éblouir petits et grands…
 
La perspective de retrouver les proches, de savourer des moments uniques en famille, revoir tous ces êtres chers qui nous ont tant manqués. On se projette, non sans une grande exaltation ; on commence doucement à penser aux cadeaux que l’on va offrir à chacun.
 
Noel est la période où chacun de nous se laisse aller au plaisir de régresser, bercé par les chants doucereux de cette période de l’année qui résonnent dans tous les magasins. Guirlandes, boules, lumières, petits lutins, où père Noël prenant diverses formes se sont invités dans les vitrines des magasins. Divers marchés de Noël prennent place dans différents endroits de la ville,  il est temps de décorer son sapin….ou son palmier !
 
Mais c’est aussi une période où le petit enfant qui sommeille en nous et qui dort dans notre inconscient attend patiemment de se réveiller d’un long engourdissement. 
 
Nous nous rappelons tous ces moments magiques, surveillant non sans un certaine réjouissance, notre mère placer l’étoile au sommet de l’arbre, guettant avec une agitation certaine, le moment où l’on va pouvoir déchirer tous ces paquets et contempler avec délectation les cadeaux offerts par nos êtres les plus chers, éblouie par toutes ses lumières qui clignotent, encore aujourd’hui dans un coin de notre tête. 
 
Pour des raisons évidentes, nous cherchons tous à retrouver le Noël de notre enfance, qui sommeille encore dans nos inconscients, dans une quête de perfection absolue. 
On y place toutes nos attentes, suspendus au bout du fil avec nos proches, dans la préparation de cet événement hors du commun…
Cependant, non sans surprise, une certaine tension teintée d’ambivalence commence à prendre lentement possession de nous. 
 
Nous aimerions que tout soit parfait et conforme au souvenir intact, et cependant différent, selon le vécu de chacun. Nous recherchons tous à retrouver ce Noël idéalisé si cher à nos mémoires, ou d’une certaine manière à redevenir enfin, le tout petit enfant que nous étions.
 
Mais cette tension qui émerge, ne serait-elle pas le signe d’une avidité de reconnaissance inassouvie de cet enfant qui sommeille en nous ? 
Comme si nous savions déjà, que quoi que nous fassions, les fantômes du passé sont prêts à ressurgir et attendent sagement  le moment, comme des marionnettes inanimées, leur retour en scène. 
Frustrations, complexes, attentes désespérées d’une reconnaissance si longtemps attendue, syndrome du vilain petit canard… Le fil de l’inconscient familial se déroule progressivement devant nos yeux. Oui, on va revoir ce frère ou cette sœur tant aimé et tant haï qui nous nous a volé la vedette tant de fois dans les yeux éblouis de nos géniteurs.  Mon père va t’il enfin reconnaître que j’ai de la valeur ?  Tante Odile va t’elle enfin arrêter de murmurer que mon enfant est hyperactif et que je devrais davantage lui serrer la vis…? 
 
A Noël, moment familial par excellence pèse parfois une atmosphère étrange où le silence est d’or.  Pas de référence au passé, on parle de tout et de rien, avec l’injonction de s’éblouir des derniers accomplissements de chacun. 
Mais il est cependant un moment propice à la régression absolue comme nous l’avons évoqué ci-dessus et où de manière quasi incontrôlable, la place que l’on occupait au sein du groupe familial reprend du service. 
Un jeu sans fin entre répression et régression….C’est une forme de confrontation entre l’adulte que nous sommes devenu et l’enfant qui sommeille en nous… Nous redevenons comme envoûté, ce personnage de l’enfance, bien remis en scène par la présence du système familiale et nous nous vidons peu à peu de cette identité si chèrement conquise dans notre vie d’adulte. 
 
La famille incarne, tout autant une valeur refuge, de confiance, un lieu de ressources, tout autant qu’un lieu de rivalités, d’enjeux de places, de frustrations et de rancœurs. C’est cette ambivalence très souvent qui reprend toute sa place au moment des retrouvailles.
 
Finalement, afin que Noël reste magique et demeure ce qu’il est supposé être, un moment de plaisir partagé avec nos proches…Il est important pour certains, d’appréhender cette période de fête à sa juste valeur : un moment en famille.
 
Pour cela, il faut pouvoir tendre la main à l’enfant qui en nous et qui trépigne d’impatience afin d’être enfin reconnu et apprécié à sa juste valeur ; et pouvoir lui communiquer la place qui est la nôtre aujourd’hui. 
 
Oui, je suis le fruit de demandes impossibles, d’amour inassouvie, de rivalités fratricides mais je suis aussi porteur d’un héritage d’amour, de confiance, de valeurs de vie, d’éducation qui a contribué à faire de moi aujourd’hui cet être « si parfait et si affreux » ! 
 
En réconciliant l’enfant à l’intérieur de moi et l’adulte que je suis aujourd’hui, je suis capable de prendre une place entre réjouissances et attentes surdimensionnées.
 
Et c’est avec cet héritage qui a construit la personne que je suis aujourd’hui, que je vais m’asseoir à la table des festivités et avec toute ma famille lever mon verre à ce monde d’imperfections qui m’a aidé à devenir tout simplement humain.
 
Bonnes fêtes à toutes !
 
 
Vanessa Bokanowski, psychologue, excerce au sein de la The French clinique (Dubai Healthcare city)
Contact : 056 948 7372.

 

 

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L’arrivée à Dubai est pour beaucoup un moment magique : le changement de climat, la plage, les nombreuses infrastructures et distractions que l’Emirat a à offrir… On parle alors d’un « effet lune de miel ».  On peut tout projeter dans ce nouveau monde qui nous tend les bras ! Souvent, le couple élabore autour de cela et c’est un nouveau départ, une possibilité de se réinventer, c’est aussi l’occasion pour les enfants d’être plongés dans un contexte international ! Cependant, il s’agit aussi, comme toute expatriation d’un challenge à relever qui peut aussi se révéler problématique et mettre à mal les capacités adaptatives de chacun.
 
Loin de ses repères...
 
Quitter sa patrie peut largement renvoyer à la perte des repères et mobiliser assidûment les capacités identitaires de l’individu. Loin de ses proches, de ses amis, l’individu se trouve plus que jamais amené à puiser dans ses propres ressources pour faire face à ce nouvel univers qui au début ne le renvoie à rien. Tout est à construire, à reconstruire dans cette nouvelle réalité qu’il faut chercher à s’approprier.
 
Face à ces renoncements nécessaires, les attentes sont fortes, il faut que cette nouvelle aventure soit à la hauteur de mon sacrifice ! La peur de décevoir l’entourage qui, sentant notre anxiété, s’émeut de notre courage de tout quitter comme ça, est omniprésente. Il faut lui montrer que cela en valait la peine, que c’est forcement pour une meilleure vie !
On peut être porté par ce nouvel environnement où tout est à découvrir ou au contraire, se sentir totalement perdu, en mal de repères. 
 
On (re)construit !
 
La construction ou reconstruction dans un nouvel environnement est un processus qui prend du temps, il s’agit de recréer du familier autour de soi dans un monde qui ne nous renvoie d’abord à rien. Toutes les habitudes sont chamboulées et il faut en construire progressivement de nouvelles. Recréer un nouveau chez soi, s’exprimer la plupart du temps dans une langue qui n’est pas la nôtre, s’adapter à un nouvel environnement de travail, trouver de nouveaux loisirs. 
 
Certaines ont du quitter leur travail afin de suivre un mari qui, mondialisation oblige, tente une expérience internationale afin de booster sa carrière. S’en suivent de longues heures de travail où bien souvent l’un des conjoints se retrouve seul à devoir prendre en charge toute l’intendance du foyer. Cela peut engendrer du ressentiment et un profond sentiment d’isolement. 
 
Le couple peut alors vivre un moment de crise temporaire, de réajustement. Si l’un des conjoints vit ce moment plus mal que l’autre, il demandera alors à « alter ego » de colmater les brèches, de jouer alors le rôle de son père, sa mère, sa meilleure amie et placera l’autre dans une demande impossible, car celui-ci doit aussi se mobiliser pour faire face aux challenges de cette nouvelle vie. 
Le piège alors à éviter est de mettre sa vie entre parenthèses dans l’attente du retour au pays et de se sacrifier alors en quelque sorte à la carrière du conjoint. 
 
Car c’est souvent l’individu seul qui doit se réinventer face à cette nouvelle réalité.  Et dans l’attente de pouvoir apprivoiser ce nouveau contexte avec son lot de nouvelles rencontres, plongé dans le microcosme des expatriés où souvent tout le monde se connaît, tout le monde se parle ; on se retrouve souvent seule face à sa propre souffrance. Face à ses nouvelles rencontres, on veut paraître sous son meilleur jour et gommer ses peurs et ses angoisses au risque de les oublier. 
 
La nouvelle réalité peut être bien souvent source de déceptions, de frustrations et renvoie alors à la solidité psychique individuelle de chacun. 
 
Finalement, on pourrait dire que l’individu expatrié est plongé dans une injonction paradoxale où il doit faire d’un côté le deuil de son ancienne vie, mais cela le prive d’une partie de l’énergie dont il a absolument besoin pour pouvoir reconstruire un nouvel environnement dans lequel il se sentira en sécurité ! Il s’agit donc d’une véritable lutte, d’un challenge quotidien, taraudé entre construction et déconstruction. En outre, ces moments de crise identitaire, propices aux mouvements de régression peuvent laisser  resurgir d’anciens conflits douloureux non résolus de l’enfance que l’on pensait avoir mis derrière soi.
 
Oui, mais comment on s'y prend ?
 
Il est tout d’abord essentiel, dans de tels moments, de se materner, c’est à dire d’être à l’écoute de ses besoins fondamentaux, de savoir se prendre par la main et reconnaître que l’on vit un moment difficile, fragilisant et de faire taire les sentiments de honte liés à cette fragilité. Il s’agit d’accepter que l’on est humain face à ses nouveaux défis.
 
Non, je ne suis pas Wonderwoman capable de tout régler et de me réinventer dans un contexte entièrement nouveau sans la moindre difficulté ! J’ai besoin de reconnaître et d’accepter que je puisse avoir des moments de déprime et d’angoisse liés à ce nouveau contexte. Il faut pouvoir laisser une place à ces sentiments nouveaux qui font partie du processus de deuil inhérents à la construction d’une vie nouvelle, de peur de les voir se cristalliser, parce qu’ignorés, et venir par la suite complètement submerger la personne. N’oublions pas que ce qui est ignoré, dénié revient toujours à la surface, parfois sous une autre forme !
 
Il est important de ne pas s’isoler, à ruminer que finalement on n’y arrive pas comme on le voudrait. Trouver des personnes refuges, que ce soit la famille restée en France que l’on peut plus facilement joindre grâce aux nouvelles technologies ou même arriver à trouver sur place des personnes qui traversent la même chose et qui acceptent d’en parler.  Il s’agit alors de dépasser ce sentiment de honte lié à un malaise temporaire et accepter de se tourner vers des personnes nouvelles et oser parler de ce que l’on vit. On traverse toutes des moments de doute face à un tel bouleversement et trouver une oreille attentive qui aura aussi envie de partager ses expériences peut se révéler extrêmement bénéfique. 
 
Chercher l’aide d’un professionnel de la santé dans ce moment difficile peut permettre de faire le point sur ce que l’on vit et s’avérer être un accompagnement précieux dans la conquête de ce nouvel univers. Une mise au point, entre passé et avenir ne peut être que bénéfique pour se débarrasser du fardeau du passé et se tourner vers l’avenir, vers de nouvelles aspirations. 
 
L’expatriation est toujours un moment de crise, c’est à dire de dépassement d’un nouvel équilibre pour en construire un nouveau. Il s’agit d’un phénomène normal qui une fois dépassé laissera place ensuite à l’éclosion de nouveaux projets et de nouvelles espérances.

Alors, bonne chance à toutes !

Vanessa Bokanowski, psychologue, excerce au sein de la clinique BR Medical Suites (Dubai Healthcare city)
Contact : 04 275 0900 ou 056 948 7372.

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